Souveraineté numérique et IA : de l’hébergement des données de santé à la maîtrise des modèles
La souveraineté numérique n’est plus un concept abstrait. Elle est devenue une réalité politique, industrielle et économique, comme en témoignent les débats récents autour du Health Data Hub ou les initiatives européennes pour réguler l’intelligence artificielle.
Selon la Commission européenne, le marché mondial de l’IA devrait atteindre 1 800 milliards de dollars d’ici 2030, avec une concentration croissante entre les mains de quelques acteurs américains et chinois. Dans ce contexte, l’Europe, et la France en particulier, doivent repenser leur autonomie technologique pour éviter une dépendance structurelle.
En 2026, alors que les données deviennent le nouveau pétrole et que l’IA redéfinit les rapports de force géopolitiques, la question n’est plus si la souveraineté numérique est nécessaire, mais comment la construire concrètement.
Éléments à retenir
- La souveraineté numérique ne se limite pas à la localisation des données : elle implique la maîtrise juridique, technique et économique de toute la chaîne de valeur.
- Le cas du Health Data Hub illustre les limites d’un hébergement européen soumis à des lois extraterritoriales comme le Cloud Act.
- La dépendance aux hyperscalers américains (cloud, suites collaboratives, GPU, modèles d’IA) crée une vulnérabilité structurelle pour les États et les entreprises.
- La souveraineté de l’IA repose sur quatre piliers : juridique, infrastructurel, technologique (modèles) et économique.
- L’Europe dispose d’acteurs prometteurs comme Mistral AI, mais la souveraineté complète exige un écosystème industriel cohérent, des infrastructures locales et une volonté politique durable.
Health Data Hub : la souveraineté commence par les données critiques
Le Health Data Hub a cristallisé une tension majeure : peut-on parler de souveraineté lorsque les données de santé des Français sont hébergées par un acteur soumis au Cloud Act américain ? Même si les données sont physiquement stockées en Europe, la question juridique reste entière. L’extraterritorialité du droit américain pose une interrogation simple : qui contrôle réellement l’accès aux données stratégiques ?
Ce débat dépasse largement le secteur de la santé. Il pose les bases d’une réflexion plus large : si nous ne maîtrisons pas l’infrastructure qui héberge nos données, pouvons-nous prétendre être souverains ? La réponse est non. La souveraineté ne se limite pas à la localisation des serveurs ; elle implique une maîtrise totale de la chaîne de valeur, de l’hébergement à l’exploitation des données.
La dépendance structurelle aux GAFA : au-delà du cloud
Nos organisations publiques et privées reposent massivement sur des outils américains :
- Messagerie (Outlook, Gmail)
- Outils bureautiques (Excel, Word, PowerPoint)
- Visioconférence (Zoom, Meet, Teams)
- Suites collaboratives (Microsoft 365, Google Workspace)
- Infrastructures cloud (AWS, GCP, Azure)
Cette dépendance n’est pas seulement technique. Elle est structurelle : plus de 80% des entreprises du CAC40 utilisent Microsoft 365 ou Google workspace et la majorité des données des administrations transitent ou sont hébergés chez des hyperscalers américains. Chaque donnée produite, chaque document édité, chaque réunion enregistrée alimente un écosystème qui n’est pas européen. Face à cela, l’État français a lancé des alternatives, comme la Suite Numérique, pour proposer des outils open source et développés en France. Cette suite, combiné à un hébergement en France va permettre de répondre à cet enjeu de dépendance aux outils américains. C’est une avancée, mais cela ne suffit pas.
Pourquoi ? Parce que la prochaine bataille ne se joue plus seulement sur les données ou les logiciels collaboratifs. Elle se joue sur l’intelligence elle-même.
Souveraineté de l’IA : la nouvelle frontière stratégique
L’intelligence artificielle change la nature du débat. La question n’est plus seulement : Où sont stockées mes données ? Mais :
- Qui entraîne les modèles qui exploitent mes données ?
- Où sont-ils hébergés ?
- Sous quelle juridiction ?
- Avec quelles dépendances matérielles et logicielles ?
La souveraineté de l’IA comporte plusieurs dimensions :
- Souveraineté juridique : respect du RGPD et de l’IA act ainsi que la protection contre les lois extraterritoriales (Cloud act notamment).
- Souveraineté infrastructurelle : maîtrise des datacenters et des GPU.
- Souveraineté des modèles : développement de LLM européens, entraînés sur des données locales.
- Souveraineté économique : financement et contrôle des acteurs clés par des capitaux européens.
Or, aujourd’hui, le marché mondial est dominé par des acteurs américains que ce soit au niveau des modèles (OpenAI, Google, Anthropic), des GPU (Nvidia représente 95% du marché des GPU pour l’IA) ou de l’infrastructure ( AWS, Azure, GCP). L’Europe doit accélérer pour ne pas devenir un simple consommateur de technologies.
Mistral AI : espoir européen, défis persistants
En Europe, Mistral AI incarne cette ambition. L’entreprise a démontré qu’il était possible de développer des modèles compétitifs depuis la France. C’est un signal fort, mais la réalité industrielle reste complexe :
- Les GPU sont produits hors Europe (NVIDIA, TSMC).
- Mistral utilise encore AWS et Azure pour une partie de ses entraînements, malgré son partenariat avec OVHcloud.
- Les capitaux sont internationaux, ce qui pose la question de l’autonomie stratégique.
Cela ne remet pas en cause la qualité technologique de Mistral, mais cela montre que la souveraineté de l’IA ne peut pas reposer sur un seul acteur. Elle doit s’appuyer sur :
- Une infrastructure maîtrisée (datacenters souverains, réseaux sécurisés).
- Une capacité d’entraînement locale (accès aux GPU, énergie verte).
- Un écosystème complet (startups, laboratoires, financements publics).
- Une volonté stratégique assumée (politiques industrielles, appels d’offres souverains).
L’annonce récente de Mistral d’ouvrir un datacenter en Suède est une étape positive, mais sa mise en œuvre prendra des années. La souveraineté ne se décrète pas, elle s’architecture.
Notre position chez DATASOLUTION : souveraineté par la maîtrise technique
Chez DATASOLUTION, en tant qu’expert e-commerce, notre agence DATA & IA a fait un choix clair :
- Héberger nos modèles en France, dans des infrastructures certifiées.
- Entraîner nos modèles sur des infrastructures françaises, en partenariat avec des acteurs locaux.
- Maîtriser l’ensemble de la chaîne technique, de la collecte des données à leur exploitation.
- Limiter notre dépendance aux infrastructures extra-européennes, même si cela implique des coûts supplémentaires.
Pourquoi ?
Parce que pour nos clients, la souveraineté n’est plus une option. C’est une exigence stratégique. La souveraineté ne peut pas être partielle : elle doit être totale, ou elle n’est qu’une illusion.
Cela implique :
- Des arbitrages économiques (investissements dans des infrastructures locales)
- Un effort d’ingénierie accru (développement de solutions sur mesure)
- Une cohérence entre discours et implémentation (pas de « souveraineté marketing »)
En retour, cela garantit :
- Une maîtrise juridique (conformité RGPD et IA Act, protection contre les lois extraterritoriales)
- Une maîtrise opérationnelle (résilience, sécurité, performance)
- Une cohérence stratégique (alignement avec les enjeux nationaux et européens)
Le débat autour du Health Data Hub a ouvert une brèche, La Suite Numérique a amorcé une réponse sur les outils, Mistral AI a prouvé que l’Europe pouvait rivaliser sur les modèles. Mais la souveraineté de l’IA ne doit pas être un sujet ponctuel. Elle doit devenir :
- Une stratégie industrielle européenne (financements, régulation, coopération entre États)
- Une exigence dans les appels d’offres (critères souverains obligatoires)
- Un critère structurant pour les directions IT (choix technologiques alignés sur la souveraineté)
- Un choix assumé par les acteurs technologiques (transparence, engagement, innovation locale)
La question n’est pas de se couper du monde. Elle est de savoir : sur quels actifs critiques voulons-nous rester maîtres ? Aujourd’hui, l’intelligence artificielle en fait clairement partie.
Questions fréquentes sur la souveraineté numérique et l’IA
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La localisation des données en Europe suffit-elle à garantir la souveraineté ?
Non. La souveraineté ne dépend pas uniquement de l’emplacement physique des serveurs, mais aussi de la juridiction applicable. Une entreprise soumise à une loi extraterritoriale peut être contrainte de transmettre des données, même si celles-ci sont stockées en Europe.
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Pourquoi les GPU sont-ils un enjeu stratégique majeur ?
Les GPU sont l’infrastructure critique de l’IA. Aujourd’hui, le marché est dominé par NVIDIA, avec une production majoritairement asiatique. Sans accès indépendant à ces composants, l’Europe reste dépendante technologiquement pour l’entraînement et l’exploitation de ses modèles.
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Mistral AI garantit-elle à elle seule la souveraineté européenne en IA ?
Non. Mistral représente une avancée stratégique importante, mais la souveraineté ne peut reposer sur un acteur unique. Elle nécessite une infrastructure locale, un financement européen stable, un accès aux ressources matérielles et un cadre réglementaire cohérent.
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Pourquoi la souveraineté de l’IA est-elle devenue prioritaire en 2026 ?
Parce que l’IA n’est plus un simple outil technologique. Elle influence la compétitivité économique, la sécurité nationale, la gestion des données critiques et les équilibres géopolitiques. La maîtrise des modèles et des infrastructures devient donc un enjeu stratégique comparable à l’énergie ou aux télécommunications.